« MIMOUN ET ZATOPEK » : LA REVOLUTION N’AURA PAS LIEU !

mimoun

lebruitduoff.com – 19 juillet 2021

AVIGNON OFF 2021. « Mimoun et Zatopek » – Texte et mise en scène de Vincent Farasse – interprété par Ali Esmili – Théâtre Artéphile du 7 au 28 juillet les jours impairs – Durée 1h15.

Un licenciement est en cours et le patron est séquestré. La négociation s’éternise, la situation est tendue et les CRS veillent. Nous sommes dans les années 70 et Karim monte la garde. Arrivé en France en 1947, l’année de ses 15 ans, il repense à sa vie de militant communiste.

Karim, jeune ouvrier à la régie Renault, est vite repéré pour ses talents de coureur de fond qui lui promettent un bel avenir sportif de haut niveau. On l’appelle Mimoun, du nom de ce français d’origine algérienne, comme lui, ce héros de l’athlétisme d’après-guerre. Mais Mimoun est gaulliste et son héros, c’est Zatopek, cet immense champion tchécoslovaque, porte-drapeau du communisme dans le monde, qui rafle les victoires, qui semble se reposer lorsqu’il court avant de distancer ses rivaux en plaçant des démarrages foudroyants avec un courage sans bornes, le visage déchiré par la douleur.

Ali Esmili, avec ses yeux noirs et son regard profond interprète Karim avec conviction et passion, d’un seul trait. Les souvenirs s’entremêlent, il y a comme un besoin cathartique de faire revivre ces moments de sa vie, de les partager avec le public pris à témoin. On revit les manifestations, les occupations d’usine, la violence des confrontations policières qui allèrent jusqu’à faire tirer sur les mineurs en 1947, mais aussi ces moments de bonheur domestique et de réussite sportive qui aident à vivre. Et il y a cet espoir permanent, cette certitude qui adoucit les tourments de la vie : la révolution viendra, il faut être patient mais elle viendra !

La séquestration du patron s’éternise et l’histoire reprend son cours. Karim voit sa carrière sportive et ses espoirs de réussite anéantis par une blessure par balle lors d’une manifestation. Zatopek, ce modèle admirable pour Karim, prend parti en 1968 pour le « Printemps de Prague » qui avait pour ambition d’instaurer un socialisme « à visage humain », vite réprimé par les soviétiques. Après l’arrivée des chars pour « remettre de l’ordre » en Tchécoslovaquie, Zatopek, ce héros adulé dans son pays et dans le monde entier, est réduit à ramasser les poubelles dans les rues de Prague. Tout s’effondre autour de Karim, y compris cet espoir dans la révolution communiste qui fait voir à Prague son vrai visage.

Le texte de Vincent Farasse est fluide et chargé d’émotion. L’attention n’est jamais relâchée et Ali Esmili le sert admirablement. Il est dans la peau de Karim dont il exprime tous les espoirs, la sensibilité, les passions et les douleurs.

C’est l’histoire d’une vie d’ouvrier sur fond de luttes sociales et de rivalités sportives entre des dieux du stade qu’on vénère, des modèles de courage et d’abnégation. On y voit la société et les esprits évoluer au cours de ces années charnières qui ont dévoilé les limites du modèle communiste. Les héros politiques sont déchus et il faut bien vivre avec ses illusions perdues. La révolution n’aura pas lieu !

Jean-Louis Blanc

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