« ALLOSAURUS », JOLI SPECTACLE SUR LE FIL DU RASOIR

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lebruitduoff.com – 19 juillet 2022

AVIGNON OFF 2022. « Allosaurus [même rue, même cabine] » – De Clotilde Morgièvre et Jean-Christophe Dollé – Au 11 Avignon, à 21h15, du 10 au 29 juillet (relâches les 12, 19 et 26).

Dans une cabine téléphonique dont les murs transparents paraissent inviter le regard plutôt que l’oreille, au centre d’un public disposé en arc de cercle, qui a glissé tout de même une oreille à l’intérieur comme au fin fond d’un combiné, dans ce théâtre ouvert aux solitudes et aux longs monologues, les âmes en peine viennent murmurer leurs mensonges et leurs espérances (des mots aspirant au dépassement d’une réalité triste, des allô mais pas à l’eau de rose) écoutent longuement les sonneries, appellent des grésillements et raccrochent comme tombe une main abattue. Il y a cet homme qui invente des péripéties et des voyages merveilleux à sa mère cloîtrée dans un ephad, ce père à la recherche de sa fille qui ne veut plus le voir, cette fille avec ses larmes au bord des yeux qui n’a jamais vu de ses yeux vu cette Suzanne après laquelle elle court et parcourt les numéros du monde, inconnue d’un soir qui en ce soir de malheur lui a offert un sourire qui ravale les larmes par une histoire.

Ce qui relie et justifie les appels de ces trois fantômes, c’est ce besoin inextinguible de l’autre, qu’il soit réel ou fantasmé, d’une voix destinée à raccrocher, d’un corps à distance dont on peut imaginer que la cheville n’est pas tordue, d’une gratitude à prononcer deux fois. Les trois comédiens incarnent à merveille ces amoureux transis du transitoire, dans un décor tout en simplicité lorsqu’il n’est pas parsemé de lucioles suspendues et de pages jaunes formées en labyrinthe déchiré. L’amour fou, qui fut troué, perdu, est au cœur de leurs respirations et constitue un leitmotiv dans leurs adresses au public, dans les quelques dialogues qu’ils ont entre eux. En effet, un morceau de l’audience se lève pour former une foule accrochée à ce silence perplexe qui reflète les préjugés et jugements que nous pourrions avoir. En effet, ces silhouettes qui ne font d’abord que passer finissent par revenir, et de fils en aiguilles par se croiser, se voir sans baie vitrée jusqu’à s’entremêler avec simplicité, comme le hasard le permet. Leurs solitudes sont peu à peu comblées par ces êtres qui la connaissent autant qu’eux tandis qu’ils en décousent avec leurs propres identités.

Si la pièce manque par endroits de quelques mètres dans la profondeur du propos (on aurait aimé entendre quelques percées psychanalytiques sur leurs névroses) si l’histoire de la jeune femme en quête de son inconnue passionne bien plus que les autres tant elle parsème son déspesoir de rêves et de sourires, s’il fait un peu chaud malgré la rude bataille menée pour notre confort par un gros ventilo, on ne décroche pas du spectacle, ou plutôt si on décroche, attentifs, émus, retrouvés : allô c’est ici pour les cris, les sos, c’est ici pour l’ailleurs ?

Célia Jaillet

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