Jour de Clôture

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Voilà ! le Bruit du Off part en vacances et rouvrira ses portes le 1er juillet 2011 pour découvrir avec vous le 65e Festival d’Avignon et son Off. Merci à tous pour nous avoir suivis autant nombreux et aussi fidèlement. D’ici là, vous pouvez retrouver dès septembre le webmag d’Eléonor Zastavia. A l’année prochaine pour de nouvelles aventures ! Merci encore et bel été à tous.

Décidément, bien triste jour que ce 31 juillet, qui devrait clôturer le Off dans la joie, et qui, au contraire, avec l’annonce de la disparition de Philippe Avron, nous laisse un goût d’amertume… Cette édition 2010 avait déjà mal commencé, avec le décès de Laurent Terzieff le 3 juillet. Laurent, Philippe, deux immenses comédiens, deux êtres formidables aussi, qui s’en vont et nous laissent un peu plus seuls encore… Qu’ils soient remerciés ici de ce qu’ils ont donné, de toute leur âme, pour le théâtre. Un dernier salut pour eux, sous les étoiles, qu’ils sachent qu’on ne les oubliera pas.

Le Off s’achève ce soir, et avec lui, notre journal qui ferme ses portes également, jusqu’au 1er juillet 2011. Merci d’avoir été si nombreux à nous suivre. Merci de nous avoir contredits, soutenus ou parfois les deux à la fois. Vous nous avez aidés chaque jour à être un peu plus vivants, plus passionnés encore, quelquefois passionnels. Grâce à vous, nous nous sommes efforcés à une cohérence, à une exigence, à une liberté, seules garantes, croyons-nous, de l’efficience d’une critique indépendante et vivace du théâtre à Avignon.

A l’heure des bilans, et, dans la mesure du possible, en évitant toute auto-satisfaction, voici quelques chiffres en vrac : Vous avez été, au plus fort de ce festival, plus de 2000 à nous lire chaque jour. 165 articles ont été publiés, dont une cinquantaine de chroniques-spectacles, sur un peu plus de 70 que nous avons vus, In et Off confondus. Le reste se partageant entre les éditos, les actualités, les billets d’humeur, les papiers expo, musique, lecture et les focus sur tel ou tel artiste. Se rajoutent à ces articles 85 vidéos d’extraits de spectacles, directement accessibles sur le site. Les pages qui ont votre préférence et donc les plus visualisées, sont, sans surprise, le Buzz des Spectacles, le Fil du Off et J’y vais/Je fuis… Enfin, et pour en finir avec cette rébarbative comptabilité, sachez que vous avez été au total 41781 à visiter notre site du 7 au 30 juillet, avec une moyenne de 2,5 visualisations d’article ou de page pour chaque passage.

Le pari que nous nous étions fixé est largement atteint, au-delà de nos espérances. Sans doute le ton général du Bruit du Off, son indépendance réelle, son irrévérence y sont-ils pour quelque chose… Nous avons, pour notre part, tâché de défendre un théâtre de qualité, sans a-priori, mais sans compromissions, ne perdant jamais de vue que celui-ci n’est jamais aussi fort, que lorsqu’il parle de nous, qu’il nous bouscule dans nos certitudes et nos paresses… Un théâtre qui, sous toutes les formes qu’il revêt, se doit à l’urgence de dire, la nécessité absolue de faire, la liberté de montrer. C’est la conception que nous en avons, et c’est pourquoi, peut-être, paraîssons-nous aussi « difficiles », aussi peu enthousiastes pour les formes mineures du divertissement. Tant pis pour ceux qui n’adhèrent guère à ce credo, pour lesquels tout s’équivaut, toutes les formes sont égales devant l’Art…

L’année prochaine, nous rouvrirons aux mêmes dates, avec une équipe étoffée, afin de couvrir non pas plus, mais mieux ces deux festivals. Dès le 1er juillet, vous nous retrouverez donc, prêts à nous fondre dans la nuit magique d’Avignon, afin de vous en rapporter tous les joyaux. Sans faiblesse ni calcul, avec encore plus de liberté, d’audace, d’indépendance. Merci encore à tous, à très bientôt, et d’ici là, bon été 2010. Qu’il vous soit doux et lumineux.

Eléonor Zastavia, ce 31 juillet.

La fin d’un rêve ?

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Avignon, ce 31 Juillet 2010

C’est avec un peu de tristesse que nous voici arrivés à la fin du mois de juillet et à celle du Festival d’Avignon 2010. Nous sommes donc au bout du bout, fatigués et repus de purs moments de bonheur, de tristesse parfois, de honte ou de rage.

Bonheur d’avoir assisté à de beaux et éphémères instants de poésie, offerts par des acteurs, metteurs en scène, auteurs et directeurs de théâtre, parfois au-delà de l’impudeur, sans retenue, à la lisière de l’Amour, le vrai, celui qui n’hésite pas à dire les choses, toutes les choses. Celui qui ne fait pas l’économie du don de soi, celui qui ne pratique pas la langue de bois, celui qui n’est pas égocentrique, celui qui laisse à l’autre le temps de respirer. Mais aussi partage d’émotions et d’amitié, alchimie parfois réussie qui recrée, le temps d’un spectacle, la connivence et la tendresse entre deux personnes, où chacun peut tout dire à l’autre, sans lui mettre la tête sur le billot, sans le montrer du doigt.Certains nous ont offert ainsi de pures merveilles d’images, d’une poésie délicate et sensible, au-delà des mots. Celle-la même qui va directement au cœur et vous chavire les sens.

Comment ne pas écouter son cœur, ses tripes, ses poils dressés à la fin du spectacle ? Quelle plus belle critique que celle du corps et de l’esprit qui réagissent ? N’est-ce pas seulement cela qu’il faut retenir d’un spectacle, ces doux et quelquefois durs moments d’émotion ? Nous avons essayé, avec les mots, de vous faire partager en toute honnêteté notre expérience au sortir d’un spectacle, seulement dans le but de vous donner envie d’aller le découvrir par vous-même. Difficile tâche que de construire des phrases sur un substrat s’évaporant si vite mais qui reste si longtemps en nous, toute une vie parfois.

Bien sûr il y a des déceptions, mais celles-ci seront vite oubliées, et nul doute que chacun progressera, y compris nous dans notre perception du travail d’autrui. Songez encore que les chroniqueurs ne font état que de leur avis personnel, qu’ils rendent public … Forgez votre propre perception du théâtre, de la danse, de toutes les formes d’Art. N’hésitez pas à communiquer, à dialoguer, à échanger pour l’enrichissement de tous.

Le Festival d’Avignon nous a offert encore une fois de beaux moments de théâtre, quelquefois dérangeants dans la forme ou le fond. Mais n’est-ce pas là l’essence même du théâtre ? Déranger… Merci à cette équipe qui a su dénicher, partout en Europe et dans le monde, ces petits bijoux, étincelants sous les rampes de nos scènes.

Malgré toutes ses contradictions, le Festival Off, au travers de ses directeurs de théâtres et des troupes présentes, a su lui aussi nous procurer bien du plaisir et des découvertes. Créations et, trop souvent, reprises. Mais cela nous permet aussi de découvrir des perles qui nous auraient échappées.

Un bon cru cette année encore, de ceux qui nous donnent envie que rien ne s’arrête et que l’on continue à s’abreuver de ce nectar que nous offrent tous ces artistes un mois durant. Heureusement, cette flamme ne s’éteint jamais vraiment pour les Avignonnais qui vont maintenant pouvoir penser, avant que de les gouter, aux nombreux évènements que nous préparent les théâtres permanents d’Avignon. Nous devons bien un coup de chapeau à tous ces créateurs, ces directeurs de théâtres qui font beaucoup pour leur ville, et sans lesquels le Festival Off n’existerait pas.

Un immense merci à Philippe Avron et Laurent Terzieff, deux géants d’humanisme dont la vie entière fut vouée à l’autre au travers du théâtre. Il n’y a pas de mots pour décrire le vide que leur disparition laisse au fond de nous. Un vide pourtant bien plein des émotions qu’ils ont su distiller avec intelligence et délicatesse tout au long de leur parcours.

Pierre Salles

Au revoir Philippe

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Tristesse : Philippe Avron est parti la nuit dernière… Il avait dû interrompre les représentations de son spectacle Montaigne, Shakespeare, mon père et moi, qu’il donnait alors au Théâtre des Halles, dès le 23 juillet pour rentrer à Paris. Nous lui souhaitons bon voyage… Merci mille fois pour tout ce beau Théâtre.

L’image : Josef Nadj / Les Corbeaux

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Josef Nadj donnait son solo/performance Les Corbeaux à la Salle Benoît XII du 18 au 26 juillet à 18 heures.

Miquel Barcelò : L’expo du Festival

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C’était l’Expo du Festival. Le Majorquin Miquel Barcelò à la Collection Lambert, pour une rétrospective des dix dernières années de son travail…

Collection Lambert – Jusqu’au 7 novembre 2010. Cf article

Focus : les spectacles qui auront marqué ce 64e Festival d’Avignon

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La Casa de la Fuerza – Angèlica Liddell – Cloître des Carmes. Cf article

Out of Context (for Pina). Les Ballets C de la B – Chorégraphie Alain Platel. Cour du Lycée Saint-Joseph. Cf article

Big Bang – Philippe Quesne – Gymnase Aubanel. Cf article

Un Mage en été – Olivier Cadiot / Ludovic Lagarde – Opéra Théâtre

Der Prozess (le Procès) de F.Kafka – Andreas Kriegenburg – Festival d’Avignon – Opéra-Théâtre.Cf article

Trois spectacles « Off » de plus sous le Focus

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Parmi nos « tops », voici une nouvelle sélection des spectacles incontournables de ce Off 2010 :


Photo Manuel Pascual 2010
Simples Mortels au Théâtre des Halles, la création 2010 d’Alain Timar. Cf article


Macbett de Ionesco – Jérémie Le Louët – Petit Louvre 20h. Cf article


Sur un texte de Joëlle Richetta, quand l’Histoire inspire le théâtre… (Rumeurs… Ou les Possédées de Loudun à la Fabrik Théâtre) Cf article

La lecture qu’il ne fallait pas louper : Pierre Guyotat

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C’était le 20 juillet dernier dans la cour du Musée Calvet. Une lecture ensorcelante de Pierre Guyotat… Cf article

Josef Nadj & Miquel Barcelò : Paso Doble

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Dis-moi…

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Dis-moi – Philippe Altier – Fabrik Théâtre – 12h45.

« Dis-moi », c’est un conte, une histoire ; la mienne, la vôtre, celle de chacun de nous, celle en devenir de nos enfants aussi ; un conte qui nous transporte aux quatre coins de la planète, au-delà des cultures, un voyage initiatique vers la sagesse.
La voix, chaude et claire, de Philippe Altier vous enveloppe et vous emporte au rythme des percussions « improvisées » de Benoît Perset pour vous déposer dans un monde de questions auxquelles son conte, nourri de sept contes traditionnels de tous horizons, apporte quelques réponses aux enfants que nous avons, mais aussi à ceux que nous sommes encore ou avons oublié que nous étions. Un monde intimiste au décor curieux et plein de trouvailles baigné de lumières douces, un monde où l’on se sent bien, en sécurité. On se souvient avec bonheur du temps où on nous racontait des histoires, des « vraies ».

Les thèmes abordés sont universels, de la tolérance à l’amour, de la paix à la guerre… en passant par la mort, bien sûr… La poésie et la sensibilité qui habillent le tout en sont le fil conducteur, fil qui nous mène le sourire aux lèvres et les yeux un peu embués jusqu’à la fin de ce moment trop court. Aller voir « Dis-moi », pour les plus jeunes, c’est apprendre un peu et s’amuser beaucoup, pour ceux dont le passé est plus riche, tous les autres, c’est lever un voile parfois secret sur ce qui fait ce que nous sommes: notre enfance, nos expériences passées et pas toujours si éloignées… la vie, quoi…

Franck Glatigny

AFC, petite « Conférence de presse » entre amis

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Encore une fois, AF&C avait bien fait les choses : à la Maison Jean Vilar, nous n’étions guère plus qu’une quarantaine à assister ce matin 29 juillet, à la conférence de presse en forme de bilan du festival Off. Et pour cause : le « président » n’ayant convié que ceux dont il était à peu près sûr, affidés à sa cause, plus ou moins intéressés à la bonne marche du Off selon la recette éprouvée d’AF&C… Parmi eux, le « bureau » au complet de ces purs bénévoles absolument dévoués à la seule cause du théâtre : Bernard le Corff (et ses 59 spectacles programmés), Isabelle Decroix (trésorière du Off et heureuse bénéficiaire d’un prix 2010 du Off, attribué à tout juste onze compagnies), les Vantaggioli, (vice-présidente pour Madame, ex-trésorière, et propriétaires tous deux du Chien qui fume et du Petit Chien, également hôtes de deux spectacles « primés » par le Off), Raymond Yana (directeur de la société de captation vidéo commanditée par AFC)… Bref tout un petit monde acquis à la grandeur du Off.

Il est vrai que, d’emblée et par anticipation, la petitesse de la salle voûtée, qui compte à peine plus d’une trentaine de places assises, était effectivement peu propice à un grand raout. Non, ici, visiblement, la confidentialité prime : d’ailleurs, n’est-on pas entre amis ? Quelques heureux élus, comme les lauréats des prix du off ou de celui du public de l’Adami, servant de caution à l’auto-satisfaction du « directoire » du Off, qui avait quelque communication importante à partager, entre convaincus. Effectivement, selon nos sources, quasiment aucun des acteurs véritables du Off, théâtres, compagnies, n’avait été invité formellement à ce simulacre de conférence de presse, surtout pas les structures d’Avignon, le Chêne Noir, par exemple, scène historique et à l’origine du Off avec Benedetto, n’ayant été informé de ces réjouissances que par la bande. Il est vrai qu’un Gélas et son « mauvais esprit » et sa grande gueule peuvent difficilement complaire à cette direction auto-proclamée du Off.

Quant à la presse, si nous étions plus de huit, c’est que nous avons mal compté. Il est vrai que cette dernière n’est guère en odeur de sainteté chez AF&C, depuis que certains de ses représentants se sont permis quelques réserves quant à la politique actuelle de l’association, de ses orientations pour le moins contestables. C’est donc entre amis que le président, content de lui, s’est livré, une heure durant, à un « bilan » qui n’a de bilan que le titre, ponctué de chiffres fantaisistes, sûr de son immunité. Les chiffres, parlons-en : selon Greg Germain, 37 183 cartes du Off auraient été vendues en 2010, auxquelles il conviendrait de rajouter les « 6000″ distribuées par les lieux mêmes. Ce qui lui permet, un peu hâtivement, d’extrapoler 1 200 000 entrées payantes ! On jugera de la justesse et du réalisme de ses « calculs ». Selon lui, toujours, cela signifie une progression de 5% par rapport à 2009, sous-entendu tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… On se demandera simplement comment fait-il pour calculer un pourcentage de progression fiable sur une base chiffrée extrapolée (comme il le reconnaît lui-même) ? Passons et continuons.

Suivait une litanie de chiffres tous plus invérifiables les uns que les autres, et nous arrivions au discours moralisateur du président sur les accréditations professionnelles, selon lui portées à 3005 exactement cette année. A ce sujet, donc, et avec la verve vertueuse qui le caractérise, Greg Germain faisait observer à sa salle sous le charme la grandeur d’âme qui dicte leur attribution, paraît-il rigoureuse (tellement que quelques grands pros de notre connaissance se sont vu refuser la leur) et l’ampleur de sa générosité à l’endroit de ces indispensables invités, souvent suspectés de « profiter » de la très grande magnanimité du Off. La Classe, quoi, s’agissant de journalistes qui essaient de faire leur boulot, de producteurs et de diffuseurs qui sont tout de même là pour acheter des spectacles…

Après s’être étendu sur la « réussite » que constitue le « Village » du Off, à « l’atmosphère unique et bon enfant » (je cite), dont cependant le Magic Mirror a déserté les lieux le 27, date de clôture du « In » (pour simple raison technique, selon le régisseur général), Greg Germain continuait son numéro de séduction, drapé dans la dignité d’homme de bien qui lui sied si bien. Ainsi, nous « apprenions » les « bons » chiffres de fréquentation du site d’AF&C : 3 millions de clics en provenance de 105 pays… Alors, là, estoqués, nous n’avions qu’à baisser l’échine, devant une telle abondance de bonnes nouvelles… 3 millions de clics depuis le 1er juillet, c’est tout de même plus que Libération.fr toute l’année ! mais passons encore… Le reste étant à l’avenant, et devant l’absence généralisée de contradiction d’un public forcément acquis, Greg Germain s’enhardissait : voilà que nous en arrivions à « l’audience internationale » et les partenariats. Du grand Art ! Ainsi, d’un annoncé partenariat avec « Fringe » (Edinbourg) d’ores et déjà « signé » selon son président, quelques minutes plus tard contredit par son propre chargé du développement, qui parle lui d’une signature « peut-être pour la fin de l’année »…

Ou bien encore, dans le registre tout le monde s’arrache nos compétences : Okinawa, le Off de Pekin, en bref l’ambition d’AF&C de fédérer tous les grands « Off » du monde entier autour de son expertise ! On croît rêver. Le tout ponctué librement de considérations oiseuses sur la presse nationale, « qui ne joue pas le jeu » (il faut dire qu’en se répandant sur Libé comme il le fait dans la PQR, ça ne facilite pas les choses), sur la « France des Grands Larges », belle expression destinée à rappeler à son auditoire qu’il accorde beaucoup d’interviews à France-Antilles Martinique, qui le lui rend bien, sur le travail considérable et « bénévole » des membres du bureau d’AF&C, empreint d’une « spontanéité » et d’un désintéressement que tout le monde s’accorde à reconnaître… pour finir par nous entretenir de l’abération qui réside dans le fait que l’Etat n’aide pas son association (d’ailleurs, il rencontre le Ministre à ce sujet).

Bref, un panégyrique à la gloire de Greg Germain, digne successeur du fondateur du Off, qui dépense son énergie sans compter au profit de tous, au bénéfice des artistes et des compagnies… un exercice d’auto-satisfaction et de suffisance dans le droit fil de ce à quoi le président du Off, qui « ne dirige ni ne décide rien » nous a malheureusement habitués depuis toujours.

Eléonor Zastavia ce 29 juillet

La Chute : Du « Jeu » au Nous

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La Chute (A.Camus) – ms Raymond Vinciguerra – Théâtre du Rempart– 17h10

Raymond Vinciguerra, metteur en scène, acteur, formateur, saltimbanque complet et polymorphe, présente cette année à Avignon une vision épurée de « La Chute » de Camus, d’après une adaptation de Catherine Camus et François Chaumette, un spectacle créé au théâtre du Gyptis. Il a confié à Philippe Séjourné la lourde tâche d’incarner Jean-Baptiste Clamence, homme disloqué, exutoire des tourments de Camus, et de nos propres méfaits.

Dans les moites et chauds tréfonds d’Amsterdam, Jean-Baptiste Clamence, jadis brillant avocat parisien, charmeur, croqueur de vie cynique, égocentrique absolu, homme comblé de lui-même et superficiel, nous conte sa propre déchéance morale, assumée de fait, sous la forme théâtrale du jugement. Un dégoût profond de son être mis en lumière, à l’apogée de sa gloire, avec le désespoir qu’il a ressenti à ne pouvoir réussir à sauver une jeune fille suicidaire sous un pont de Paris. Jean-Baptiste Clamence, homme auto-déchu, vient se confesser, se mettant à nu pour mieux se juger, nous juger, un réquisitoire mortifié et masochiste. Une tentative, vaine, de retrouver un peu de l’Homme qu’il n’a peut-être jamais été. Que nous ne sommes pas.

Raymond Vinciguerra en propose une mise-en-scène épurée, moderne, trempant l’âme de ce déchu, au sein des mots de Camus. Enivrante proposition qui ne laisse d’autre choix que plonger dans ce tourment, spectateurs passagers malgré-nous de cette inévitable dérive. Divagation d’un homme hanté par la présence spectrale de son démon… Et, peut-être, seulement lui-même ?
L’Amour égocentrique de Clamence pour les femmes, se vautrant dans leur chair, est intelligemment esquissé par le truchement de la vidéo, un « effeuillage » relevant quasiment du cabaret burlesque. Clamence, est dans son rôle de triste clown se déshabillant l’âme et le cœur, pour mieux nous renvoyer à nos propres bassesses et regrets, jusqu’au dépeçage impudique. Une utilisation d’ailleurs assez fine de la vidéo qui, sans trop en appuyer les tenants, confère une teinte et une atmosphère certaines. Procédé agrémenté d’une ambiance musicale idoine.

Philippe Séjourné est Clamence ! Accusateur, juge, victime, bourreau, Clamence est tout à la fois. Philippe Séjourné s’enivre, nous enivre de ses paroles, nous abreuve jusqu’au trop-plein d’émotions contradictoires. Sans jamais nous faire perdre le fil, sans que nous puissions un seul instant décrocher du texte de Camus. L’adresse publique, un peu marquée, nécessairement induite par la proximité d’avec les spectateurs, détourne quelque peu du recul indispensable à une écoute distanciée du propos, mais Philippe Séjourné sait prendre le spectateur par la main pour l’emmener avec lui vers les bas-fonds de l’âme, habités de fantômes. Tel un ogre sur la scène, il ouvre ses bras, impossible de lui échapper, ni d’échapper au texte de Camus, pas plus qu’à la vision de Raymond Vinciguerra, claire, sensible et intelligente.

Pierre Salles

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